Valeurs et démarche d’une Fleuriste Ethique {et têtue}

Valeurs et démarche d’une Fleuriste Ethique {et têtue}

Jaune Pivoine, c’est moi, Adeline fleuriste de 28 ans. Salut !
A travers Jaune Pivoine, je défends des valeurs qui sont chères à mes yeux, et je m’attache à travailler de manière responsable. Pour que vous puissiez comprendre ma démarche, j’ai décidé de vous l’ expliquer en quelques lignes. Allez, prenez 10 minutes, servez-vous un café, je vous emmène.

Tout d’abord, pour réaliser mes bouquets, j’utilise {quasi} exclusivement des fleurs de saison (quasi, parce que je ne suis pas infaillible). Beaucoup de fleuristes utilisent ce terme de « fleurs de saison » sans vraiment en appliquer le principe (publicité mensongère, bouh!). Et oui, difficile de croire que c’est la saison du lys ou de la rose toute l’année.

Pour faire simple, reprenons mon exemple préféré: il vous viendrait difficilement à l’idée d’acheter des fraises en plein mois de décembre, tout simplement parce que ce n’est pas la saison, tout le monde le sait.
Alors oui, on peut trouver des fraises en décembre, mais elles sont petites, sans saveur, et ont une couleur fadasse, parce qu’elles ont été produites dans un environnement qui a recréé artificiellement leurs conditions naturelles de croissance, à grand renfort de lampes et de chauffage (il a fallu allonger la durée des jours et réchauffer l’atmosphère pour leur faire croire que c’ était l’été). Heureusement pour elles, les fraises ne sont pas dupes, et elles ne sont jamais aussi belles et délicieuses que lorsqu’elles ont poussé sous un vrai soleil!

Attention, je ne blâme pas les personnes qui consomment des fruits et légumes hors saison: heureusement chacun est libre de faire ce qu’il veut. Et que celui qui n’a jamais mangé des tomates {sans goût} en plein hiver lève le doigt…

Quand on parle de fruits et de légumes les choses paraissent simples, mais on oublie bien souvent que les fleurs fonctionnent exactement de la même façon. Les fleurs achetées hors saison sont moins belles, ont des boutons plus petits, des couleurs moins intenses et ont du mal à s’épanouir. La nature, le retour du printemps dans les jardins ça vous dit quelque chose?

A force de voir toute l’année la même chose dans les étals des fleuristes, on a tendance à ne plus réussir à faire la part des choses. Rassurez-vous, les fleuristes sont les premiers à être perdus (la question de la saisonnalité n’est pas vraiment au programme du CAP, et c’est bien dommage). Mais c’est comme ça, c’est la mondialisation ma petite dame. Il faut bien répondre à la demande du consommateur qui veut toujours plus de choix, à un prix imbattable, bien souvent au détriment de la qualité. Les roses rouges de la St Valentin en sont l’exemple parfait.

Mais est-ce que les amateurs de thé ont le droit de se plaindre quand il peuvent avoir du Darjeeling tous les matins au petit déjeuner?

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Aujourd’hui, les fleurs que vous trouvez chez votre fleuriste de quartier viennent principalement des Pays Bas (la plaque tournante mondiale du commerce de la fleur), mais également de Colombie, d’ Equateur, de Côte d’Ivoire (les bouquets sont parfois accompagnés de petites grenouilles qui se sont perdues en chemin), du Kenya, d’Israël, de Nouvelle Zélande, ou bien de France et d’Italie (ouf!). Il y a quelques années, j’ai entendu parler de nombreux horticulteurs hollandais qui se reconvertissaient dans le maraîchage, à cause du manque de rentabilité de leur activité.

En France, le problème est le même. Il reste à l’heure actuelle quelques bassins de production horticole dans l’ouest (Angers, Nantes, St Pol de Léon), ainsi que dans le sud (Gard, le marché aux fleurs d’Hyères est très connu), et quelques productions éparses et confidentielles en Région parisienne, Normandie et Rhône Alpes. Les fleurs françaises sont souvent destinées au marché local, mais elles ont le mérite d’être très belles et de très bonne qualité (renoncules, anémones, mimosa, gerbera, tulipes, roses).

Au delà du Made in France, se pose aussi la question de l’écologie, voire du bio. On sait qu’il est difficile de produire en quantité et de répondre à des contraintes budgétaires tout en produisant écolo, ou bio. Certains horticulteurs mettent en avant leurs fleurs bio alors qu’ils les cultivent hors-saison, sacré paradoxe.
Et là je m’adresse à toi, oui toi dont je tairais le nom, qui au mois de décembre, proposait à la vente via ton site internet, des pivoines bio. Laisse moi rire ! Des pivoines qui ont poussé sans engrais chimique peut-être, mais à grand coup de chauffage et de lumière artificielle très certainement.
Les pivoines font partie des fleurs les plus appréciées des français, tout simplement parce qu’elles ont une période de floraison très courte (mai-juin), et qu’on jubile dès qu’elles sont en vente (bon c’est aussi parce qu’elles sont très jolies et qu’elles ont un parfum délicieux, c’est vrai!)
Alors des pivoines en décembre, ah ah ah…

Tout ça pour vous dire que la production de fleurs bio n’a pas de grande valeur à mes yeux, je préfère privilégier la production française dans son ensemble, et les fleurs de saison qui ont poussé dans des conditions climatiques optimales et les plus naturelles possibles. C’est ça ma définition de l’écologie: revenir à l’essentiel.Et pour moi, cette manière de travailler s’inscrit dans une démarche globale de développement durable.

Tout ça pour quoi: pour proposer à mes clients de très jolies fleurs, fraiches et d’une qualité optimale, qui s’épanouieront pleinement chez eux.
C’est aussi pour cette raison que je travaille uniquement sur commande: j’achète les fleurs chaque matin en fonction de mes commandes du jour. De cette manière j’évite le gaspillage, et je suis sûre que les fleurs livrées sont ultra fraiches. Hors de question pour moi de livrer des fleurs qui sont en stock depuis une semaine, c’est une question d’honneur, et de professionnalisme !

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Par ailleurs, sachez que tous mes supports de communication (cartes de visites, cartes postales, flyers etc…) sont imprimés sur un papier 100% recyclé (teinté de manière naturelle), chez un imprimeur éco-responsable, certifié Imprim’vert. Cette certification impose un cahier des charges très stricte : non utilisation de produits toxiques, bonne gestion des déchets dangereux, sécurisation de stockage des liquides dangereux.

Alors non ce n’est pas marqué dessus, et ça ne se voit pas forcément au premier coup d’oeil, mais c’est important pour moi et mes convictions. Et je suis sûre que, vous aussi, vous y êtes sensibles !

Pour ce qui est de l’emballage de mes bouquets, j’adopte la même ligne de conduite: du kraft naturel et du raphia uniquement.
Surtout pas de papier cellophane coloré ou autre plastique dans le même genre, qui apporte clairement un côté « grande surface » aux bouquets (dixit un de mes clients, merci F. pour cette remarque très pertinente!)

Quant aux contenants que j’utilise, principalement pour l’évènementiel (mariages, entreprises), je cherche encore des vases en verre recyclé. Pour le moment je m’en tiens aux contenants en verre classique, en bois, en terre (poterie, céramique). J’aime aussi recycler de vieux objets, réutiliser et détourner des éléments de la vie quotidienne (bocaux, boîtes de conserve, de thé, bouteilles etc…)

 

Voilà, vous savez tout de moi, de ma démarche de travail et de mes valeurs. Je me considère comme une fleuriste éthique, puisque je défends des valeurs qui me sont chères. Je ne suis pas une simple vendeuse de fleurs, je m’attache à faire mon travail de manière intelligente et réfléchie, en respectant une ligne de conduite éco-responsable. Et n’essayez pas de me faire changer d’avis, je suis têtue. Mais il paraît que c’est ce qui fait ma force.

Je vous prépare (dans un prochain article), un calendrier saisonnier des fleurs, photos à l’appui (oui je sais que vous n’êtes pas tous des férus de botanique!)

Dorénavant vous ne vous étonnerez plus du fait que je ne vende pas de roses rouges à la St Valentin, vous saurez pourquoi…

Et n’hésitez pas à me faire partager votre point de vue, c’est toujours enrichissant.

Crédit photos Jaune Pivoine

 

6 Comments

  1. Ohmy · 7 mars 2014 Répondre

    Super démarche, au-delà de la démarche c’est surtout le courage du jour à jour car tu ne choisis pas la facilité tout comme les petits producteurs attachés à des valeurs simples.

    • Adeline · 7 mars 2014 Répondre

      Merci, ça me fait vraiment plaisir de voir que les gens sont touchés par ma démarche! Il suffisait d’en parler! J’ai toujours dit que je me considérais comme un ARTISAN avant tout, et ce titre impose que je défende mon métier et les valeurs qui y sont liées. La facilité c’est bien, mais on sait bien qu’elle n’a jamais résolu les problèmes de fond. Et puis je fuis à tout prix l’ennui et la routine, donc je crois que la facilité ce n’est pas pour moi !..

  2. delphine · 7 mars 2014 Répondre

    Bel article et très belle démarche respectable ! On aimerait que chacun prenne soin de notre environnement comme le fait Jaune Pivoine.

  3. Alexia · 18 mars 2014 Répondre

    Tu as bien raison de suivre tes convictions et ça te correspond vraiment. Je suis fière d’avoir pu travailler avec toi Bonne continuation à toi !!!

  4. Christopher juif · 5 juin 2017 Répondre

    Bonsoir comme je suis heureux de voir qu’ il existe encore en France dès personnes comme vous madame j’ai 23 ans et je suis aussi fleuriste et cela me fend le coeur de voir que je travail depuis trois ans deja dans les feurs et deux patrons qui certe enseigne les bases mais ils n on plus aucune valeur éthique de leur travail j’étais chez une artisan fleuriste qui utilise de la renoue du japon parce que ces clients aime bien alors que ce est une plante nocive qui envahi nos cours d’eau et tue les espèces végétals indigènes et je suis actuellement dans une boutique où le rendements a remplacée la beauté de la création et l’amour du métier
    je vous remercie sincerement car vous êtes inspirante réellement merci et bonne soirée où journée tout dépend de quand vous lirez ce message

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